A Scandal at Jeune Afrique

Théophile Kouamouo – Le Courier d’Abidjan

Jeune Afrique has long been an integral part of the peculiar and deep seated corruption linking France and Africa. Here, a corner of the veil is lifted.
Le scandale qui pend au nez de Jeune Afrique
Le Courrier d’Abidjan – 1/27/2005 8:28:38 PM
Révélations ? Francis Kpatindé, journaliste-vedette à
JAI, démissionne, épuisé par un système qu’il trouve désormais
détestable. Il met en lumière la nature profonde de l’hebdo de Béchir Ben Yahmed. Sa lettre que nous publions ainsi qu’un rapport de mission de «l’envoyé
spécial» de Ben Yahmed au c?ur du système Gbagbo, permet de comprendre un
certain nombre de choses sur la manière dont JAI couvre l’actualité ivoirienne.
Par Théophile Kouamouo
La maison Ben Yahmed, sise au 21 bis rue d’Auteuil,
dans le 16ème arrondissement à Paris, brûle-t-elle ? Difficile pour
l’instant de répondre à cette question. Une chose est sûre : l’atmosphère à
Jeune Afrique L’Intelligent, le célèbre hebdomadaire francophone,
est électrique depuis plusieurs semaines. Au centre de la nouvelle crise, la
démission de Francis Kpatindé, journaliste-vedette du magazine fondé le 17
octobre 1960 par Béchir Ben Yahmed, actuellement président-directeur
général de l’organe de presse, mais également de la Société de Finance et de
Communication Internationale (FINCOM) et de la Compagnie internationale d’édition, de presse et de communication (CIDCOM), toutes les deux
liées à JAI.
Des méthodes mafieuses mises à jour. C’est que Francis Kpatindé, spécialiste de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest (dont la Côte d’Ivoire) et ancien chroniqueur-maison, ne fait pas que quitter l’entreprise de presse qui l’employait. Il lève le voile, dans une lettre d’explication que nous publions ici en intégralité, sur le harcèlement
moral auquel se livre Béchir Ben Yahmed, le tout-puissant patron dont les
notes, rédigées à l’encre violette, font trembler le personnel et peuvent signer des
excommunications définitives ; sur le profond mépris qu’éprouve «B.B.Y» à
l’égard de l’Afrique et des Africains, alors que aradoxalement, il veut arler à leur place et «ponctionne» régulièrement leurs Etats pour faire prospérer sa «boîte» ; mais aussi sur le mélange des genres entre journalisme et aff airisme que la haute hiérarchie de JAI encourage, ce qui n’est pas sans avoir des conséquences sur l’honnêteté intellectuelle à géométrie variable du seul hebdomadaire parisien
spécialisé (en partie) sur l’Afrique.
Jusqu’à présent, seuls les milieux spécialisés connaissaient la «machine à
broyer» du papivore Tunisien, qui a toujours été impitoyable avec ses
«stars» subsahariennes. Le calvaire de Sennen Andriamirado, harcelé
jusqu’à la mort par un patron exigeant au point de ne pas se rendre compte de
sa grave maladie ; la descente aux enfers du Sénégalais
Elimane Fall, utilisé, puis jeté, puis récupéré, mille fois humilié ; la
révolte de Jean-Baptiste Placca, quittant JAI quand BBY refuse qu’un envoyé
spécial aille couvrir la libération de Nelson Mandela ? c’est en raison de tels
choix que certains interlocuteurs le taxent «d’intellectuel arabe» et lui
dénient le droit de parler de l’Afrique en Africain ?, tout cela est très
peu sorti du cercle des initiés. Francis Kpatindé rejoint aujourd’hui le
club fermé de ceux qui ont ouvertement dit non à Ben Yahmed, à son mythe
et à sa puissance. Il s’en explique dans la lettre que nous publions. Ce
qu’il ne dit pas, c’est que l’événement catalyseur de sa «disgrâce», c’est sa
réaction d’indignation lors d’une conférence de rédaction ennovembre 2004 ?
alors qu’Abidjan était sous occupation française quasi-intégrale ? lorsque
l’ancien journaliste français Henri Marque (RTL), ami de Ben Yahmed et
invité par ce dernier à assister aux débats de son équipe, affirmait
sans sourciller que la «paresse est congénitale chez les Africains.» Outré,
Kpatindé juge ouvertement ces propos «inadmissibles» et tance le «racisme»
du vieil ami de son patron qui menace de quitter les lieux si l’impertinent
Noir ne présente pas ses excuses. «Jamais de la vie !», martèle Kpatindé
face à l’insistance de son «boss», qui tient à ses relations avec Henri Marque ? un ancien ambassadeur de France est également présent dans la «piscine», la salle de rédaction de JAI. Kpatindé tient d’autant plus sur ses positions que trois collègues français et un journaliste arabe soutiennent clairement avoir entendu les propos
racistes d’Henri Marque.
Dès ce moment, la «machine à broyer» de Ben Yahmed s’accélère contre
Kpatindé. 
Le dossier «Côte d’Ivoire». C’est que le patron de JAI en veut déjà à son
plus célèbre journaliste subsaharien. Dans son système, en principe, les
journalistes jouent à la fois leur rôle et celui de «commerciaux», si
l’on veut être «politiquement corrects» ? mais plus précisément de «porteurs
de valises» entre les palais d’Afrique et la rue d’Auteuil, à Paris.
Ainsi, François Soudan, le directeur de la rédaction, a son
«champ de mission» extrêmement fertile : le Cameroun, le Togo et la
Mauritanie. Il écrit des articles particulièrement bienveillants pour les
régimes dirigeant ces pays, surtout quand ils sont en difficulté et qu’ils
doivent se justifier sur les violations des droits de l’homme ou de la l
iberté de la presse, noue des relations spéciales avec les chefs d’Etat,
négocie des publi-reportages sous toutes leurs formes, des
contrats de conseil de divers ordres, et est gratifié, ainsi que son journal,
de diverses façons?  C’est ce schéma qui est proposé à Kpatindé, quand on
lui propose 5% sur les marchés qu’il ramène. C’est que, entre autres choses,
«B.B.Y», après avoir misé à fond sur Alassane Ouattara ? qui est un des
actionnaires de son groupe ? veut se rabibocher avec le pouvoir d’Abidjan
depuis un certain temps, pour que le «robinet» s’ouvre à nouveau.
Francis Kpatindé va en Côte d’Ivoire, fréquente les différents camps politiques, a
de bonnes relations avec la «galaxie Gbagbo»? mais se contente d’être
journaliste. Or, BBY veut «jouer la carte Gbagbo», conjointement bien entendu
avec celle d’ADO, son ami, son préféré. Il dessaisit donc du dossier
Kpatindé, pourtant apprécié du lectorat ivoirien et bien renseigné. Il envoie son
«petit», le jeune journaliste sénégalais Cheikh Yérim Seck en mission
commandée à Abidjan, pour percer le mystère de l’entourage de Gbagbo ? tout
en se gardant d’éprouver de la sympathie pour un système qui reste
«ennemi», bien que financièrement nécessaire ? et obtenir des contrats
ainsi, que, cerise sur le gâteau, une invitation de Béchir Ben Yahmed à
Abidjan, qui scellerait une «réconciliation» très intéressée. Nous publions
également en exclusivité un rapport de mission du jeune journaliste
sénégalais qui, s’il se tait sur ce qui «s’écrit difficilement» (l’argent),
évoque avec un certain cynisme ses méthodes d’infiltration, notamment
auprès de Charles Blé Goudé, dont il a réussi à devenir l’ami ? si on y
ajoute des guillemets, bien entendu? Incursion dans un univers aux m?urs
particulières !
Lettre de démission de Francis Kpatindé
Francis Kpatindé Le Blanc Mesnil, le 4 janvier 2005
Le Blanc Mesnil
A
Monsieur Béchir Ben Yahmed
Président Directeur Général
Groupe Jeune Afrique
57 bis, rue d’Auteuil
75016 Paris
Objet : Mon départ du Groupe Jeune Afrique.
Monsieur,
Je viens, par la présente, officialiser la lettre que
je vous ai fait remettre en mains propres le 3 janvier et vous fournir
plus d’explications sur les conditions de mon départ du Groupe Jeune
Afrique.
Cela fait bientôt 19 ans que je travaille dans votre
entreprise. Je l’ai quittée à plusieurs reprises pour des emplois à l’ONU,
à Port-au-Prince, à Johannesburg, puis à Genève, où j’étais porte-parole
du Haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Sadako Ogata.
Lorsque j’étais à ce dernier poste, vous m’avez demandé avec insistance de
revenir à Jeune Afrique. J’ai accepté la proposition en dépit de la
perte qu’une telle décision entraînait pour moi au plan salarial. Je
gagnais quelque 40 000 FF net d’impôts. Vous m’avez demandé quelles étaient mes
prétentions salariales. «Donnez-moi ce que vous voulez», vous
ai-je répondu dans le secret de votre bureau. C’est donc vous-même qui avez
fixé mon salaire.
En 19 ans de présence à Jeune Afrique, vous ne trouverez
dans vos archives nulle trace d’une demande d’augmentation de salaire
portant ma signature.
Vous m’avez repris avec mon ancienneté. Modestement,
j’ai apporté mes connaissances, y compris celles que j’ai acquises dans
le système onusien, ainsi que ma sensibilité au Groupe Jeune Afrique. Ma
présence et mon travail ont, sans doute, contribué à préserver une
touche africaine (l’Afrique, toutes zones confondues) à un journal qui,
de l’avis général, louvoie et se fourvoie depuis quelques années loin de
ce continent.
Quelle n’a été ma surprise lorsque vous m’avez brutalement informé par
courrier, le 3 janvier, que j’étais «libéré» de ma collaboration à la
rubrique éditoriale quinzomadaire Post-Scriptum, que
j’assurais avec plaisir depuis 7 ans en tandem et en alternance avec
Fouad Laroui, un (excellent) collaborateur extérieur ! Cette mesure
s’apparente, ni plus ni moins, à une censure et à une volonté manifeste de
faire taire un journaliste qui n’a pas la même sensibilité que vous
sur l’Afrique et ne partage pas obligatoirement vos analyses sur les
affaires de ce monde.
Si vous aviez un tant soit peu de respect pour moi et,
surtout, pour les lecteurs, nombreux à témoigner de l’intérêt à
Post-Scriptum comme le prouve le courrier, abondant ces dernières années, vous
auriez dû en débattre avec moi, avant de m’adresser, en fin de journée, une
lettre à laquelle je me suis empressé de répondre.
Votre lettre de cachet, destinée à me faire taire,
intervient après une série de mesures tout aussi vexatoires me visant et
qui s’apparentent à un véritable harcèlement. Depuis avril 2004, vous m’avez
envoyé des notes pour le moins étonnantes. Elles portent, non pas sur la
qualité de mon travail ni sur ma « production » quantita tive – votre
baromètre – mais, selon votre humeur du moment, sur « mon tonus » ou sur « ma
performance ». De fait, vous n’avez rien de substantiel à me reprocher
au plan professionnel.
Ma production journalistique, comme en témoignent les tableaux
statistiques que vous faites établir tous les mois, est bonne,
sinon la meilleure du journal. Je caracole en tête des confidentiels, qui ne
sont tirés ni du Wall Street Journal ou du Financial Times, ni de
discussions salonnardes sur la place de Paris. Et, rien qu’au cours des 4
premiers mois de 2004, j’ai assuré 4 sujets de cover sur 16. Je m’étonne donc
que vous mettiez en avant l’absence supposée de « tonus », alors que les
critères que vous avez vous-même établis sont remplis.
Comment expliquer, dans ces conditions, le véritable harcèlement dont
je fais l’objet depuis 9 mois ? A mon refus, constant, de porter, comme
d’autres, une double casquette de journaliste et de commercial ?
Laissez-moi vous rappeler une de vos correspond ances dans laquelle vous me
proposiez 5% de commission si, au cours de mes voyages, je vous
ramenais des contrats commerciaux et des actionnaires. Je peux
également citer ces étranges correspondances, auxquelles je n’ai jamais
donné suite, d’une responsable de l’entreprise me demandant de lui «
faire parvenir des listes de prospects pour l’actionnariat et l’abonnement
patrimoine ». J’ai, bien entendu, les moyens de prouver ce que j’avance. Et
plus encore.
Votre ire s’est accrue, en novembre dernier, après ma réaction, en
conférence de rédaction, contre les propos racistes ? à l’égard des
Africains ? de l’un de vos collaborateurs. Au lieu de m’apporter votre
soutien, comme beaucoup d’autres collègues, vous avez semblé prendre le
parti de l’intéressé.
Il est évident que je ne puis accepter cette façon de faire et le
harcèlement continu dont je fais l’objet depuis plusieurs mois. Je me
réserve donc le droit de donner une suite à ces comportements pour le
moins inadmis sibles au sein d’une entreprise qui tire profit, plus que de
raison, de l’Afrique.
Salutations distinguées
Francis Kpatindé


www.lecourrierdabidjan.info

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