Etre Noir en Europe - To be Black in Europe (Magatte Mbengue - Revue Multitudes)
December 7, 2005 10:35 PM
Samedi 26 novembre 2005, le vol Iberia 6971 arrive à 10h07 à Madrid en
provenance de Dakar, Sénégal. Je sors de l’avion, en haut de la
passerelle, un policier espagnol, à qui je tends mon passeport, car l’hôtesse de
l’air nous avait indiqué de tenir nos passeports dans la main. Le policier
prend mon passeport y jette rapidement un coup d’*il, et le met dans sa poche
déjà débordante d’autres passeports, sans me dire bonjour ou quoi que ce
soit. Je lui demande en anglais s’il ya un problème il me répond ceci : « Autobus de transit », en m’indiquant le bus garé en bas de la passerelle. Je lui dis «sorry » sa réponse fût la même avec un ton d’énervement. Aucune explication.
Je descends et monte dans le bus. Ce mauvais traitement, discourtois et sans
explication m’agace. J’envoie un sms pour dire qu’on a confisqué monpasseport. Après cinq minutes, le policier monte dans son véhicule, une Renault Kangoo blanche. Elle démarre et le bus suit derrière. Arrivé dans le hall de l’aéroport, je croise un gars avec qui j’ai pris l’avion à Dakar.
Comme moi, il est Noir, comme moi, il a un passeport français, comme moi, on lui a confisqué son passeport. Je découvre alors à ma grande surprise que presque tous les Noirs, ont vu leurs passeports confisqués. Je suis choqué et dis à mon compagnon de voyage, que je vais protester, car la police
n’a pas le droit de retirer nos passeports sans motif, ni explication, et s’il doit y avoir un contrôle, il doit s’appliquer à tous et dans les mêmes conditions. Il ne doit pas y avoir un contrôle pour les passagers blancs, et un autre pour les passagers noirs.
Les personnes, toutes noires, en majorité africaines, à qui on a confisqué le passeport, sont parquées comme du bétail, autour d’un banc à une dizaine de mètres du guichet de contrôle de la police des frontières.
Je décide de me présenter au guichet, réservé aux ressortissants de l’union européenne, et de ne pas attendre avec le groupe des « confisqués ». Arrivé au guichet, je dis au policier que son collègue a retiré mon passeport et je lui présente ma carte d’identité. Je lui dis que je reste là et que son
collègue doit me ramener mon passeport, ici.
Il s’énerve sort du guichet et voulant m’attraper, je lui dis de ne pas me toucher. Il insiste m’attrape, je me débats. Arrivent alors au moins quatre de ses collègues, l’un d’eux a une matraque. Ils sont énervés et crient forts. Ils m’attrapent, m’insultent et m’emmènent violemment vers leur
bureau situé dans le fond du hall de l’aéroport, sur la droite du banc où ont été parqués les « confisqués ».
Je me débats, je leur demande d’arrêter, je résiste, ils sont quatre, je m’accroche à tout ce que je trouve sur mon passage. Ils me poussent toujours très menaçants, et continuent à m’insulter. Je reçois des coups dans le dos. On me pousse en face de moi, il ya un grand poteau métallique gris,
pour éviter de le cogner avec ma tête, je pose mes mains dessus et j’essaie
de m’y accrocher. Les policiers enlèvent mes mains. Ils me poussent encore, je
reçois encore des coups dans le dos. On arrive presque devant leur bureau. Ils me plaquent devant une porte vitrée, ouverte. Je reçois des coups de poings. Un coup de matraque dans la nuque. Ils sont de plus en plus violents, ils sont de plus en plus énervés et plus nombreux. Une femme
policier frêle, les a rejoints, elle aussi est très remontée, elle m’insulte.
On me pousse dans le bureau, à présent, la femme est en face de moi. Elle
est aussi agressive. Tout le monde est énervé. Je suis très choqué par tant
de violence verbale et physique. On me dit de me taire, sinon on me renvoie dans mon pays, à Dakar. Mon passeport est sur le bureau, j’entends un policier dire que j’habite à Paris.
Je m’aperçois que je saigne de la main droite, le sang coule par terre. Je leur dis « regardez ce que vous avez fait, regardez, je saigne ! Personne ne semble s’en soucier. Un policier ramasse ma montre, me la remet. Après cinq minutes un vieux policier sort un rouleau de papier toilette, et me le tend
pour que j’essuie ma main qui saigne de plus belle. Je refuse et leur
dis que je veux contacter le consulat de France. On me dit de faire ce que
je veux, on m’insulte encore. Le policier assis devant l’ordinateur commence à parler français, je lui fais : « ah bon vous parlez français », il répond : « oui ». Un autre policier prend le téléphone situé à l’autre bout du bureau, il parle d’un passager étranger et me tend le téléphone ; avant
que je prenne le téléphone, il me dit que c’est un interprète. L’interprète
me demande alors si j’ai le visa pour entrer en Espagne. Je lui réponds
que j’ai un passeport français.
Il me demande de lui repasser le policier. Mon passeport et mon billet sont
à présent posés sur le bureau, à côté de moi. Je demande au policier
qui contrôle les passeports à l’ordinateur, si je peux les prendre. Il me
dit oui et me fait signe de partir. Je suis surpris, éc*uré, et dégouté…
En fait on m’a battu, violenté et insulté pour rien. On ne me reproche rien.
Sinon d’être Noir, et d’avoir demandé qu’on me traite légalement et avec un
minimum de respect. On me reproche d’avoir dit qu’on n’avait pas le
droit de me contrôler de cette façon.
Mais pour les policiers, un passager Noir d’un vol en provenance
d’Afrique, n’a aucun droit et encore moins celui de protester quelque soit la
façon avec laquelle il est traité, il doit se taire.
Je sors et me dirige au guichet, il y a un nouveau groupe de passagers
fraîchement débarqués qui font la queue. Je contourne la file et me
présente au policier, celui qui m’a le premier attrapé. Je lui dis étant donné
que ses collègues avaient procédé à la vérification de mon passeport,
qu’ils l’avaient examiné sous toutes les coutures. Je peux passer sans refaire
la queue. Il m’intime l’ordre de me mettre dans la file. Je m’exécute.
Dans la file, une qui était derrière moi, voyant ma main qui saignait me
propose un mouchoir en papier. Je lui dis merci, et lui dit que c’était le travail
des policiers espagnols, car tout en me tabassant et m’insultant, ils
s’obstinaient à me dire qu’ils faisaient leur boulot.
J’arrive au guichet, je présente mes papiers. Le policier les regarde
et me les rends, par dégoût, j’essuie ma main sur le comptoir. Le policier
s’énerve et sort menaçant et violent comme la première fois. Ses
collègues arrivent, ils sont six peut-être huit. Ils m’attrapent, je me jette par
terre. Ils m’attrapent par les bras et les jambes, devant au moins
cinquante personnes, les coups pleuvent, direction le bureau encore une fois,
arrivé dans le bureau, ils me jettent par terre, je me manque de cogner le bas
du bureau, ils m’entourent en demi cercle. Ils m’insultent et me menacent.
Je suis très choqué, je ne dis rien. L’un deux allait m’écraser les
parties génitales. Je ferme mes jambes. Je suis très choqué. Je demeure
silencieux. Mon silence les désarçonne. Ils finissent par se calmer. Ils me
demandent de partir, sur un ton très menaçant, ils me font comprendre que s’ils me
reprennent ça va mal aller.
Je sors, je refais la queue et je me dirige vers le guichet Iberia, mon
passeport et mes billets sont couverts de sang, je les présente à
l’agent Iberia. Voyant le sang, il se lève, chercher quelque chose pour
s’essuyer. Il parle à une de ses collègues, peut-être sa supérieure. Il sort du
local, revient et me dis de prendre le bus, le même qui m’avait ramené là. Je
me dirige vers la sortie, le bus attend. A cinq mètres de la porte, un
agent du service d’information de l’aéroport que je n’avais pas vu,
m’interpelle. Il veut voir mon passeport et ma carte d’embarquement. Je lui tends mes
documents trempés de sang. Il est surpris. Il me demande ce qui s’est
passé. Je lui raconte. Il est maintenant choqué. Il me propose d’aller dans
les toilettes pour me nettoyer la main. Je le remercie et lui dis que je ne
voulais qu’une chose : partir d’ici. Voyant ma main qui saignait
davantage, il me dit que je ne peux pas partir comme ça. Il me demande d’attendre.
Il
s’occupe de quelques passagers. Il prend son téléphone et appelle. Il
me
fait asseoir et m’explique qu’il a appelé le service médical de
l’aéroport
qui va bientôt arriver. Il est ému et choqué par ce que je lui ai
raconté.
C’est la première personne, depuis maintenant près de trois quarts
d’heure
que dure mon calvaire qui me manifeste un peu d’humanité. Je suis
touché par
son attitude. J’attends.
Au bout de dix minutes, les secours arrivent. L’infirmière regarde ma
main,
me demande avec quelle compagnie, je voyageais. Je lui réponds : «
Iberia ».
Elle me pose une compresse sur la plaie, et me demande d’appuyer fort.
Elle
téléphone à Iberia, fermement et de façon autoritaire, elle exige qu’on
lui
envoie un chauffeur et un fourgon pour nous transporter à l’infirmerie.
J’étais soigné et on m’a délivré un certificat médical. On m’a
conseillé de
faire un vaccin anti tétanique, dès mon arrivée à Paris.
J’étais avec un jeune français Noir, lui aussi, qui devait prendre
l’avion à
15h20.
Par Magatte Mbengue.
Mise en ligne le vendredi 2 décembre 2005
© 2005 Revue Multitudes
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Posted at 10:35 PM


Comments
This is a strikingly similar story, but in Britain: http://yekolotemari.blog.com/435192/
Posted by: fred at December 11, 2005 4:31 AM